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Légion des volontaires français contre l’islamisme ― bureau de recrutement

 

 

 

Et si nous nous étions trompés d’ennemi ?

Et si nous n’étions pas « victimes du terrorisme », mais de notre immaturité ?

 

Et si nous étions victimes de la superficialité de notre regard sur le monde, de notre difficulté à percevoir la complexité du monde et de notre facilité à la réduire à de naïves histoires manichéistes ?

 

Et si nous étions les victimes de notre manque de considération pour les autres et de notre incapacité à nous mettre à la place des autres, notamment ceux dont les intérêts et la logique s’opposent aux nôtres ?

 

 

 

 

● Des « droits de l’homme » (occidental)

Comment pouvons-nous à la fois refuser la violence sur notre sol et dans notre propre tribu — en nous efforçant de prendre en compte, jusque dans les actes les plus criminels et barbares qui soient, le poids du déterminisme pour mieux comprendre l’origine des comportements des personnes — et en même temps nous accorder le droit d’exécuter à l’extérieur de nos frontières ceux qui ne font pas partie de notre camp ? Le dégoût de la plupart des Occidentaux vis-à-vis de la violence, de la peine de mort ou de la dictature, s’arrête concrètement aux frontières de l’occident. Les « droits de l’homme » ne s’appliquent pas à nos ennemis que nous acceptons d’exécuter au nom de nos valeurs sacrées.

Nous éprouvons des difficultés à nous mettre à la place de l’autre, celui de l’autre tribu, à regarder nos opposants comme des personnes que nous aurions pu être. Nous éprouvons donc des difficultés à étendre le concept sacré de « droits de l’homme » à ceux qui ne sont pas de notre tribu et à accorder à leur vie le même prix qu’à ceux que nous accordons à ceux de notre tribu.

Faute d’avoir intégré le concept de « droits de l’homme », nous nous contentons de sa version actuelle : les droits des hommes occidentaux ― des droits évidemment sacrés pouvant donc s’établir aux dépens des autres hommes.

 

● De l’écart vertigineux entre nos valeurs sacrées, et notre façon de nous comporter

Comment pouvons-nous à la fois nous glorifier de nos « valeurs humanistes civilisatrices », de notre « dégoût de la haine » et nous glorifier en même temps de nos croisades meurtrières ? Et si nous étions victimes de notre manque d’intégrité, de l’écart vertigineux entre nos valeurs sacrées et notre façon de nous comporter — entre ce que nous pensons être et ce que nous sommes vraiment ? Et si nous étions aussi victimes de nos difficultés à prendre du recul sur nos émotions et à questionner nos intuitions et convictions morales ?

 

Et si nous profitions de ces évènements non pas tant pour condamner le barbarisme de nos ennemis, mais pour réfléchir, à notre niveau d’intégrité, de cohérence, de maturité, de civilisation ?

 

Il semblerait que la façon la plus simple de définir ce qu’est la « civilisation » soit de la définir par ce qu’elle n’est pas. Les nations les moins civilisées ont tendance à se ressembler sur plusieurs points :

• L’idée politique d’un « bien absolu » incarné par des « valeurs universelles » (« la charia » ou « les valeurs républicaines » selon l’endroit d’où on vient) et d’un « mal absolu » incarné dans des personnes ou des idéologies à combattre.

• Les manifestations, cultes des personnes ou d’idéologies et l’imposition de gestes de piété collective : des prosternations religieuses et très morales devant des « valeurs universelles très sacrées ». Des manifestations et des déclarations solennelles publiques prouvant notre loyauté aux normes morales et notre grande vertu. Des séances publiques d’indignation vis-à-vis du mal, de l’immoralité « je suis quelqu’un de très moral pour le bien très moral, et contre le mal très immoral » (des ablutions et prières publiques d’un côté ou des « je suis Charlie/contre le mal » de l’autre).

• La censure médiatique, au nom d’une morale sacrée et de vérités incontestables. La notion de « liberté d’expression » s’arrêtant aux limites de la norme morale « on peut dire ce qu’on veut... à condition de ne pas vexer/indigner les personnes » (la France est à ce niveau loin derrière pas mal de pays africains).

• La surveillance étroite des personnes pour lutter contre « le mal » et éradiquer l’immoralité (dénonciation, arrestation, condamnation, lynchage social...).

• La croyance en la supériorité de son clan et en sa mission civilisatrice (et l’ignorance que chaque camp se bat pour ses propres valeurs, sa propre interprétation de ce qui est bien ou mal).

• La diabolisation et la déshumanisation des opposants, de l’autre clan (l’utilisation d’un vocabulaire manichéiste idéologisé : « terroriste », « la haine », « valeurs sacrées »...).

• L’idée que la fin justifie tous les moyens : un sens moral considérant qu’il est acceptable d’exécuter des humains (directement ou par procuration) au nom de principes sacrés (au nom de la religion, de principes républicains ou démocratiques...).

L’état de rigidité, de violence, d’intolérance et de censure dangereusement déployé en France nous montre qu’il nous reste encore du chemin à parcourir dans notre processus de civilisation.

 

● Se regarder en face

Ces évènements pourraient aussi nous aider à nous rendre compte que l’ennemi et le mal à combattre n’est ni l’islamisme, ni « le terrorisme », ni même un quelconque « mal » qu’une personne ou une idéologie incarnerait, mais simplement l’immaturité. Une immaturité se manifestant par exemple par notre manque de considération pour les autres ou nos raisonnements manichéistes ― deux traits suffisamment universels et ancrés dans la nature humaine pour s’infiltrer partout, et en particulier dans nos convictions morales les plus profondes et sincères.

 

Et si dans notre combat contre « le mal » et contre les croyances dogmatiques islamistes, nous commencions par nous interroger, nous-mêmes, sur nos propres croyances sur l’origine du mal ?

 
Et si nous commencions par nous interroger sur cette croyance si populaire en occident que le mal est une perversion extérieure à une nature humaine qui serait naturellement vertueuse, innocente ou rationnelle ? Et si nous nous interrogions sur la validité de cette croyance que le mal, la bêtise humaine et tous nos maux viennent de l’extérieur : des religions, de l’argent, de la société... ?
 
Et si les victimes de ces attentats et de nos bombardements étaient aussi les victimes de la superficialité de notre approche des comportements humains ?
 

Et si nous commencions à nous battre non plus, les uns contre les autres, mais contre les traits de notre nature qui nous abaissent, et pour encourager les traits de notre nature nous élèvent ?

 

* Maj (déc. 2015) : concernant les attaques de Paris et ce qui a suivi

Les évènements qui ont suivi les attaques de Paris de novembre 2015 confirment qu’il ne s’agit, finalement, pas seulement d’une difficulté à étendre la notion de droit à l’extérieur de nos frontières, mais d’abord d’une difficulté à véritablement comprendre cette notion de droit, et à la mettre en pratique à l’intérieure de nos frontières. Les Français viennent d’accepter de placer la police au-dessus de la justice (n’importe qui peut être arrêté pour ses opinions politiques. Les prisons françaises ont renoué avec la tradition d’accueillir des prisonniers politiques). Les Français ont laissé leurs élus enterrer les droits de l’homme (voir l’annonce officielle faite au Conseil de l’Europe) et éditer la constitution, sans débat public. Le peuple (la majorité des Français) ne s’en est d’ailleurs pas offusqué puisqu’il soutient, main sur le cœur, ses croisades civilisatrices visant à promouvoir, par la violence si nécessaire, ses principes sacrés de démocratie, liberté d’expression, l’état de droit. Comme quoi, il n’est pas nécessaire de pratiquer ce que l’on prêche. 

Le fait qu’une simple fusillade ait pu suffire à renverser les grands principes sacrés des Français montre qu’ils étaient plus des valeurs de façade, un vernis moral qu’une éthique réfléchie reposant sur des valeurs profondes. Car c’est dans les difficultés qu’on reconnait les valeurs qui animent vraiment une personne, une nation. Si 130 morts suffisent à renverser la démocratie française, établir un état policier, justifier la censure et l’emprisonnement de prisonniers politiques, on peut imaginer ce que le double réussira à accomplir...

 

De la crédibilité de nos « droits de l’homme » :

On pourrait aussi s’interroger sur la crédibilité de nos « droits de l’homme », dont nous nous glorifions sur notre territoire, lorsque tout va bien, mais que nous n’hésitons pas à piétiner à l’extérieur de nos frontières, ou chez nous, à la moindre difficulté. Comment pouvons-nous reprocher à ces combattants du Moyen-Orient de ne pas s’embarrasser de nos « droits sacrés » pour arriver à leur fin, alors que nous faisons la même chose ? Et comment pouvons-nous leur reprocher de ne pas être intéressés par nos valeurs sacrées puisqu'elles ne s'appliquent pas à eux et que nous les enterrons lorsqu'elles nous dérangent ?

 

Et au sujet de « l’état d’urgence » :

Il est dommage que les Français n’aient rien trouvé de mieux pour sortir des états de non-droit autoritaires et moralistes des siècles précédents qu’un état de non-droit laxiste, où l’égoïsme et la loi de la jungle sont érigés en droits fondamentaux. Et il est dommage que les Français n’aient rien trouvé de mieux pour sortir des décennies de laxisme et d’absence de contrat social que de retomber dans l’autoritarisme de « l’état d’urgence ». Il est dommage que les Français soient passés par ces différentes formes d’état de non-droit sans avoir trouvé l’intelligence de construire un véritable état de droit.
 

Et si le niveau de civilisation d’un peuple se mesurait autant à sa capacité de choisir des lois justes, qu’à sa capacité de les faire appliquer ?

 


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Et si nous commencions à nous battre non plus, les uns contre les autres, mais contre les traits de notre nature qui nous abaissent, et pour encourager les traits de notre nature nous élèvent ?