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Richard Dawkins est un biologiste de l’évolution. Son très célèbre livre Le gène égoïste (livre publié en 1976, vendu depuis à plusieurs millions d’exemplaires et traduit en 25 langues) prolonge l’explication de l’évolution de Charles Darwin. Dawkins considère que l’unité de la sélection naturelle n’est pas l’espèce, mais le gène.

Si cette approche a fait couler tant d’encre et provoqué tant d’émulations, c’est qu’elle bouleverse les conceptions traditionnelles sur l’homme et propose une explication plutôt simple de l’origine des tensions humaine. Selon Dawkins, les êtres vivants seraient « les machines à survivre » de ce qui les pilotent : les gènes. L’idée est révolutionnaire dans le sens où elle suggère de regarder la personne non plus comme une entité propre, mais comme une multitude d’entités, les gènes, poursuivant chacun leur but un peu hasardeux. Nous ne serions pas une personne, mais l'association d’une multitude de petits programmes qui nous donneraient cette illusion d’être un, d'être soi. Fascinant non ?

Son travail a reçu un écho gigantesque autant au niveau scientifique, qu’éthique et philosophique, parce qu’il nous permet aujourd’hui de mieux comprendre la complexité de la vie et celle de la personne humaine. Une personne qui serait un écosystème piloté par les gènes qu'il abrite, des gènes qui la plupart du temps coopèrent entre eux pour assurer leur réplication, mais qui parfois entre en conflit avec l'intérêt de l'organisme, aux dépens de l’individu, comme dans le cas des maladies génétiques telles que la mucoviscidose.

Un pavé dans la mare et une lumière sur le vivant :

Le génie de la proposition de Richard Dawkins consiste aussi à avoir réconcilié la notion de « gènes égoïstes » — car les gènes n’ont qu’un but, se répliquer, et sont donc de nature plutôt « égoïste » — avec son contraire : l’empathie, la coopération, le sens de justice. Car toutes ces qualités, qu’on retrouve dans d'autres espèces que l'espèce humaine, sont autant de stratégies valables qui permettent aux gènes de se reproduire. Altruisme et intérêt purement personnel ne sont donc pas opposés.

Richard Dawkins a été vivement critiqué pour avoir pris le point de vue des gènes pour expliquer l’émergence de comportements « altruistes » ou individualistes chez les humains et les autres espèces. Beaucoup de religieux, mais aussi d’athéistes attachés à la dimension humano-centriste traditionnelle (l’idée que l’homme diffère par nature du reste de la création, qu’il est plus spécial que le reste) trouvaient blessant de « réduire les comportements humains les plus nobles, comme l’altruisme à une vulgaire stratégie développée par les gènes pour se reproduire ». « Être réduit à l’état d’être vivant soumis aux lois du vivant » constituait une chute vertigineuse pour ceux qui se tenaient perchés sur le piédestal humano centriste.

Dommage qu’ils n’aient pas perçu le pas que venait de franchir l’humanité en délaissant ce péché d'orgueil qui l'avait coupé du reste. En retrouvant sa place parmi les autres espèces, l'homme retrouvait les moyens de se sentir faire partie d'un tout. Encore plus dommage qu’ils n’aient pas compris l’importance cruciale de cette approche dans les sciences sociales. Car en éclairant l’origine des conflits, des injustices et des violences humaines, cette approche suggère, pour la première fois de l’histoire humaine, toutes sortes de solutions rationnelles et pragmatiques pour les réduire. On ne pouvait commencer à dépasser nos limitations sans d’abord en comprendre les origines. Beaucoup de ces limitations qui nous brident dans notre développement personnel et sociétaire sont dépassables ; à condition de nous en donner les moyens.

 

Petit bémol : nous avons beau soutenir les idées de Dawkins sur l'évolution, nous ne soutenons pas ses croisades contre les religions que nous pensons, (comme d'autres évolutionnistes, dont Frans de Waal) stériles, et même, contreproductives.

 

Si nous souhaitons édifier une société dans laquelle les individus coopèrent de manière généreuse et désintéressée en vue du bien commun, il ne faut pas attendre grand-chose de la nature biologique. Essayons d’enseigner la générosité et l’altruisme, car nos capacités coopératives sont naturellement bridées. Prendre conscience de la tyrannie des gênes nous permettra de la dépasser. (R. Dawkins, Le gène égoïste).

 

Le refus de reconnaitre la nature humaine est comme la honte que le sexe produisait dans la société victorienne,
et encore pire : il dénature la science, les publications, le discours public et la vie quotidienne. (S. Pinker, Comprendre la nature humaine).

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