Guerre au Mali - lorsque les droits de l'homme deviennent permis de tuer

Le 16 janvier 2013, les Français envoient leurs troupes au Mali pour "mettre fin à la domination islamiste" (et accessoirement assurer leur approvisionnement en uranium...). Cette intrusion militaire rentre dans la logique de la "Françafrique" : la France maintient depuis 50 ans une relation néocoloniale (rupture inachevée du fameux pacte colonial) qui lui permet de contrôler les nouveaux états africains via leurs économies et leurs institutions militaires.

La Françafrique est considérée comme le plus long scandale de la République. Mis en place par De Gaulle en 1960, et accepté depuis des décennies par le peuple français, il consiste encore aujourd'hui au détournement de l'aide publique au développement, pour soutenir des dictatures, des putschs, masquer des assassinats et organiser des détournements de fonds et des financements illégaux de partis politiques français (d'où son surnom, "France à-fric").

 

L'envoi des troupes au Mali et la popularité de cette guerre intervention parmi les Français illustrent bien le niveau de civilisation des politiques françaises. "L'intervention" a un coût, non seulement financier, mais aussi humain et éthique :

Coût financier : 2,7 millions d’euros par jour, 200 millions en avril 2013.

Coût humain : des milliers de victimes militaires et civiles, des massacres ethniques (lynchages, viols, spoliations, déportations) à l’encontre des Touaregs, et plus généralement des musulmans (en seulement 3 mois...).

Coût éthique : discrédit sur les notions de "droits de l’homme" et de "démocratie" devenues aujourd’hui des prétextes en vogue dans les pays occidentaux pour assurer leur dominance sur d’autres peuples et s'approprier leurs ressources. Légitimation d’un gouvernement corrompu non élu (instauré de force par la France à la suite d’un coup d’État en 2012). Le tout sous la bénédiction de l’ONU : en juin 2013 Hollande recevra même pour sa "courageuse intervention au Mali", "le prix pour la paix" de l’UNESCO… L’exploit militaire et politique sera vivement applaudi par les instances culturelles françaises garant de la "grandeur de la France".

 

Mittérand déclarait en 1957 que : "sans l’Afrique, la France n’aura pas d’histoire au 21e siècle". Chirac déclarait à son tour en 2008 que "sans l’Afrique, la France glissera vers les rangs d’un pays de troisième ordre". Et depuis, les mentalités n'ont toujours pas évolué...

Cette obsession de statut, ce besoin de s'afficher aux yeux des autres, de montrer ses muscles, son plumage, de mendier de la reconnaissance, et cette conception barbare de ce que peut bien être la civilisation et de ce qui fait "la grandeur d'un pays", est encore d'actualité. Asservir les autres pour augmenter son statut, et la violence reste toujours acceptable, et compatible avec la conception (française) de ce que peut bien être la civilisation.

 

Et si le niveau de civilisation d’un peuple ne se mesurait pas à la puissance de son arsenal économique, technologique ou militaire, mais à sa capacité de subvenir à ses besoins de manière respectueuse ?

Et si la meilleure façon de mesurer le développement d'une nation ―ou d'une personne― consistait à mesurer le développement de ses valeurs morales, à commencer par sa faculté à se soucier des autres ?