Printemps arabes : confiscation par l'islamisme ou choix démocratique ?

Puisque les Occidentaux se sont longuement battus contre le totalitarisme et le moralisme religieux, pour les libertés individuelles et la laïcité, ils s’attendaient à ce que les Arabes fassent de même. Mais, à peine libérés de leur dictateur, les Égyptiens se sont empressés de choisir (démocratiquement) l’islam comme religion d’État et la charia comme système de justice.

 

Choqués par ce choix moral et politique, les Occidentaux se sont empressés de condamner et de dénoncer « un complot islamiste ». « Comment pourrait-il en être autrement ? » concluaient les spécialistes. Comment un peuple pourrait-il désirer et même se battre pour une théocratie ? Comment une personne pourrait-elle choisir librement un système politique en contradiction avec les valeurs universelles les plus sacrées de l’homme ? »

 

Chacun tentait de convaincre l’autre avec son livre sacré en main :

― « Comme les hommes sont tous égaux, ils sont tous pareils et poursuivent donc tous les mêmes objectifs et les mêmes aspirations, ils doivent donc mettre les droits de l’homme au centre de leur vie » proclament les Occidentaux en brandissant les paradigmes sacrés des sciences sociales (« SSSM")...

– « Les hommes doivent mettre la religion au centre de leur vie et des institutions de l’état », proclament les Arabes, en brandissant leur livre sacré, le Coran...

– « Oui, mais nos vérités à nous sont universelles et servent le bien » proclament les deux, la main sur le cœur...

 

La tournure prise par la « révolution égyptienne » était, aux yeux des Occidentaux, un double scandale parce qu’elle remettait en question deux de leurs croyances bien ancrées sur la nature humaine : d’une part celle d’une rationalité naturelle et innée chez les hommes et d’autre part celle de l’universalité des valeurs et objectifs humains, et donc l’universalité du sens moral (en l’occurrence celui des Occidentaux...).

« Beaucoup de musulmans veulent que la religion joue un rôle dans la politique. Assumer que tous les hommes à travers le monde souhaitent vivre comme les Occidentaux ― qu’ils veulent une démocratie libérale laïque ― est une idée absurde » rappelle le politologue Farid Senzai, directeur de recherche à l’Institut de politique et de compréhension sociale de Washington.

Notre facilité à condamner la différence (l’islamisme* dans ce cas), sans nous donner véritablement la peine d’essayer de comprendre les personnes qui portent ces perceptions, de prendre du recul sur nos aprioris ne révèlerait-elle pas la superficialité de notre tolérance et notre incapacité à comprendre et accepter une nature humaine différente de nos attentes ?

 

*À propos de l’islamisme : suite aux récents conflits politiques, la définition populaire du mot islamisme s’est écartée de son sens originel. L’islamisme, c’est l’idée d’associer la religion musulmane à la politique. On retrouve ce besoin d’intégrer des valeurs religieuses à la vie sociale, dans la plupart des cultures du monde, cela se fait par exemple en France ou en Allemagne via les partis chrétiens-démocrates ou en Inde via le parti hindou Bharatiya Janata Party ou encore dans la plupart des pays africains ou aux USA, où le concept de "Dieu" reste encore communément utilisé dans les discours et jusque dans les institutions publiques.