Euthanasie : la démagogie ou l'art d'esquiver les décisions...

On voudrait lui accorder le droit de mourir dignement, mais la décision est trop difficile, trop douloureuse, alors on hésite... On finit par prendre une non-décision en le laissant mourir... de soif. Cela permet de ne froisser ni les opposants à l’euthanasie (puisqu’aucun geste n’est délibérément posé pour donner la mort) ni les défenseurs de l’euthanasie (puisqu’aucun geste n’est délibérément posé pour le maintenir en vie artificiellement).

On ne fait donc rien, et tout le monde est content... enfin presque : Vincent Lambert devrait lui mourir de soif dans les 3 à 5 jours suivant l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation, précise un expert. Cela devrait lui rappeler le bon vieux temps puisque c’est la deuxième fois qu’on lui fait ce coup : en 2013, une première procédure d’arrêt de soins avait été lancée. On avait eu l’idée de le laisser mourir de faim cette fois-ci. Vincent avait survécu 31 jours avant... qu’on change d’avis, et que l’alimentation artificielle ne soit rétablie.

Cette histoire illustre parfaitement ce qu’est la «démagogie» : l’art d’esquiver les décisions difficiles. Elle nous montre aussi que la construction de sociétés plus soucieuses du bien-être des personnes passe nécessairement par le difficile apprentissage consistant à conscientiser et à s’efforcer de dépasser nos biais naturels. Et en l'occurrence, à la fois notre penchant pour les choix les moins coûteux, et par conséquent souvent les plus absurdes, et notre penchant à suivre aveuglément nos intuitions morales, bien qu'elles soient plus le fruit de pulsions instinctives que de réflexions raisonnées.