"Quand les djihadistes s'en prennent au patrimoine culturel"... comme en 1789

 

 

 

 

 

 

C’est la première fois qu’on voit une destruction délibérée du patrimoine pour écraser les identités des peuples.

Irina Bokova, directrice générale de l'Unesco 

Vraiment ?

Pendant la révolution française, les premiers républicains ont (eux aussi) détruit d’inestimables trésors culturels et massacrés, torturés pour de simples divergences religieuses et idéologiques. Et ils gouvernaient, eux aussi, par la dictature et la terreur. Et pourtant, nous savons qu’ils n’étaient pas animés par « la haine » ou de sombres idéologies maléfiques, mais, par leurs propres « valeurs sacrées » : ils agissaient au nom de la « démocratie », des « droits de l’homme », de la « liberté », de « l’égalité ».

Il est intéressant de remarquer que malgré ses dizaines de milliers de victimes, la révolution française continue aujourd’hui à être sacralisée et à être considérée comme le fondement moral de notre culture. Et cela, même si la révolution française n’a pas amené plus de liberté et moins d’absurdité, mais au contraire, une période de terreur, puis un régime autoritaire et hostile à la démocratie (le directoire), puis au couronnement d'un despote (l'empereur Napoléon I) qui ravagera l’Europe et conduira à... une restauration de la monarchie en France. Il faudra attendre 1848 pour qu’une seconde « révolution » ramène la « deuxième république ». Celle-ci conduira à l’élection au suffrage universel de... Napoléon III* (le neveu du premier) ! Trois ans plus tard, il changera de titre pour passer de « premier président de la République » à celui de « Prince-Président »...

Et il est encore plus embarrassant de constater que cette succession de régimes autoritaires se fera, la plupart du temps, avec le consentement du peuple français qui s’exprimera, librement au cours de divers scrutins, en faveur de régimes totalitaires tous aussi violents et absurdes les uns que les autres. Par exemple, le 2 aout 1802 plus de 3 millions de Français voteront en faveur de la proposition : « Napoléon Bonaparte sera-t-il consul à vie ? » Seulement 8 300 Français s’y opposeront...

La véritable République française ne naitra pas en 1789, suite à la « Révolution française », ni en 1848, mais beaucoup plus tard, lors de la réhabilitation de Dreyfus en... 1906.  La république ne naitra pas lors de la prise de la Bastille (encore une légende**), mais lors de la démilitarisation du pouvoir et sa séparation avec la religion.

Bref, non, le Daesh n’a pas inventé la violence et la destruction délibérée du patrimoine culturel.

La déclaration de l’UNESCO montre notre difficulté à nous regarder en face. En appelant à la nouveauté des méthodes islamistes, nous ne réussirons qu’à leur démontrer notre embarrassante incapacité à comprendre et à accepter notre propre histoire et en particulier les massacres que nous avons commis au nom de nos propres valeurs sacrées — et que nous poursuivons encore aujourd'hui. En protégeant et même en sacralisant cette période sombre de notre histoire, nous ne faisons que justifier l’utilisation de la terreur, de la dictature de la vertu. Et pire encore, nous les glorifions.

 

Le moyen le plus efficace de lutter contre le barbarisme n’est pas le retranchement derrière l’innocence et l’autoglorification de son camp, ni les condamnations de l'autre camp ou les indignations qui les accompagnent, mais au contraire la raison, une approche raisonnée (non passionnée), des comportements humains. Nous pourrions apprendre à construire cette approche rationnelle et véritablement humaniste en cultivant le recul sur les passions et en nous efforçant de ne plus nous laisser dominer par le caractère hasardeux et bancal de nos intuitions morales. Nous pourrions apprendre à construire nos raisonnements à la lumière des sciences, de la raison.
 
* Napoléon II ne règnera que pendant 2 semaines.
 

** La fête nationale française célèbre la prise de la Bastille qui dans l’imaginaire populaire aurait permis de libérer les prisonniers du roi. Le peuple français libèrera sept prisonniers le 14 juillet 1789 : deux fous, un sadique, et quatre escrocs (ils seront tous rattrapés dans la semaine...) source