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Tomboy, le film, coincé entre le moralisme des conservateurs et celui de gardiens de la Ce film, que nous avons beaucoup aimé, a généré une guerre idéologique relativement intéressante entre les deux principaux courants moralistes de notre temps. On retrouve d’un côté le moralisme des conservateurs « de droite » — qui perçoivent l’homosexualité et l’éducation sexuelle des enfants comme une perversion, une menace à l’ordre moral —, et de l’autre, celui des conservateurs « de gauche » (socialistes) — qui perçoivent les différences de comportements humains d’ordre biologique (inscrit dans la nature humaine, comme le sexe) comme des menaces à « l’égalité ». Du moins à leur interprétation très personnelle de ce que peut bien être l'égalité : une égalité qui, selon eux, ne peut être établie que dans le pareil-eurisme.

Ne nous attarderons pas sur les biais et les dangers que représentent les idéologies de droite (nationalistes ou libérales) puisqu’ils sont aujourd’hui bien connus, notamment parce qu’ils sont enseignés. En revanche, les biais et dangers du socialisme, qui sont particulièrement visibles dans ce genre de débat, sont moins connus, puisque non seulement ils ne sont pas enseignés, mais ils font partie intégrante du système éducatif français, malgré la violence et les victimes qu’ils ont causé, et causent encore aujourd'hui.

Enraciné dans la croyance en une nature humaine qui serait une « table rase », le socialisme proclame que les différences de comportements entre les humains sont uniquement issues de constructions sociales, et par conséquent que « tout (comportement) est appris » et donc qu’il est possible « de tout effacer, de tout réécrire ». La « théorie des genres » est la suite logique de ce raisonnement et ce qu'on appelle « le déni de la nature humaine », et notamment de l'innée. La théorie des genres proclame que « les différences de comportement entre les hommes et les femmes sont seulement apprises ». La table rase et les théories qui en découlent rejettent donc l’idée d’une influence biologique ou génétique sur les comportements humains, que cela soit pour expliquer les différences de comportements entre les sexes ou pour expliquer l'origine de l'intolérance, des discriminations ou de l'exploitation : « ces comportements n’ont pas d’origine innée, c’est la société qui les crée entièrement, qui distribue les rôles sociaux ». Comme la nature humaine est perçue comme une table rase — et donc, innocente —, « l'injustice et les inégalités ne peuvent que venir de la société... »

Le socialisme reste attaché à ces théories parce que selon lui, admettre une origine biologique (ou innée) à ces comportements et aux différences reviendrait à détruire ses propres fondations et par conséquent à anéantir l'espoir de pouvoir construire des sociétés plus harmonieuses. Un espoir qui, pour beaucoup (du moins pour ceux qui visent des sociétés plus égalitaires), passe nécessairement par le socialisme...

Ce blocage n'est pas nouveau. La science et l'avancement des connaissances nous y conduisent régulièrement. Il y a un peu plus de 100 ans, l’église luttait contre Darwin parce qu’il osait remettre en question son dogme créationniste. Un dogme sur lequel reposait la morale de ce temps : « il ne peut y avoir de bien sans Dieu. Un monde sans Dieu sombrera dans le chaos ». Le problème se pose encore aujourd'hui, avec les mêmes peurs de remettre en question les principes moraux de notre temps ― puisqu'une large majorité d'Occidentaux (entre autres) considèrent qu'il ne peut y avoir de justice et d'humanisme, d'égalité sans le socialisme et sa table rase. Le « hors du socialisme, point de salut » pourrait nous rappeler les difficultés des gens de ce temps...

Reconnaitre une influence biologique aux comportements humains reviendrait à contredire l'interprétation de la nature humaine ― une nature humaine qui serait une « table rase » ― sur laquelle repose le socialisme, mais aussi le courant dominant de nos sciences sociales. Cela ne reviendrait donc pas seulement à remettre en question nos fondations intellectuelles et morales, mais aussi la plupart des idéaux politiques de gauches socialistes fondés sur cette théorie, et jusqu'aux systèmes éducatifs construits sur ce principe...

L’origine des problèmes de cet enfant est-elle uniquement issue d'une perversion sociale, ou aussi d'influences biologiques/innées? Le sujet n'est pas juste philosophique, il est concret, et même crucial, puisqu'on apportera des solutions radicalement différentes pour résoudre les injustices, en fonction de l'idée qu’on se fera de la nature humaine.

Pour en revenir au film Tomboy, nous n’y avons pas perçu ce biais idéologique. Le film nous a plu parce qu’il approche avec finesse et simplicité les questions que se posent beaucoup d’enfants sur leur identité. Ce film rappelle justement qu’il est possible de parler de la sexualité des enfants ou de l’homosexualité d'une manière simple et objective sans pour autant tomber dans l’une ou l’autre idéologie. Cette histoire nous parle aussi de la nature humaine, de ces choses belles et plus sombres qui font partie de ce que nous sommes. Cette histoire nous parle de nous, de nos penchants naturels pour le conformisme et la condamnation de ce qui diffère. Mais cette histoire nous parle aussi de notre désir de dépasser ces biais, de nos penchants pour la liberté, l'harmonie sociale, et de notre potentiel à construire un monde meilleur.